A l'heure où certains syndicats s'interrogent sur l'opportunité d'une grève en réaction à la dénonciation de la convention collective de 1951, le démarrage d'une concertation, à l'initiative de la DGCS, sur l'instauration d'un service minimum en cas de grève dans le secteur social et médico-social ne va-t-elle pas apparaître comme une provocation ?
L'exercice du droit de grève dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) doit-il être davantage encadré ? En vertu d'une disposition prévue par la loi HPST du 21 juillet 2009, la direction générale de la cohésion sociale (DGCS) a ouvert la réflexion sur ce sujet lors de la réunion du Comité national d'organisation sanitaire et sociale (Cnoss) du 14 décembre. A cette occasion, elle a présenté un document de travail et de concertation sur le droit de grève.
Que prévoit la loi HPST ?
En matière de grève, les établissements privés sociaux et médico-sociaux ne participant pas au service public hospitalier relèvent des règles applicables au secteur privé. Au cours des débats sur la loi HPST, un amendement sénatorial voulait imposer un "service minimum" en cas de grève dans les ESSMS assurant une prise en charge permanente des personnes âgées ou handicapées. Le gouvernement y étant défavorable, cette disposition a finalement été retirée du texte final. Il s'est néanmoins vu imposer la remise au Parlement, avant le 30 juin 2010, d'un "rapport relatif à la mise en oeuvre d'un service minimum dans le secteur médico-social au regard des contraintes constitutionnelles". Ce rapport devait être précédé d'une "concertation approfondie" avec les partenaires sociaux et acteurs du secteur.
Seulement, 18 mois après cette échéance, aucun rapport n'a encore été présenté. Comment expliquer ce retard ? La faute à la loi Fourcade du 10 août 2011, laisse entendre la DGCS. Le texte en préparation dès 2010 visait à modifier certaines dispositions de la loi HPST, "la concomitance de ces travaux législatifs n'a [donc] pas permis de conduire la préparation du rapport [...] dans le délai initialement prévu".
La loi étant votée, l'administration centrale peut désormais mener à bien ses travaux. Le document soumis aux membres du Cnoss présente donc les éléments juridiques permettant d'engager la concertation préalable à l'élaboration du rapport prévu par la loi.
Droit de grève dans le secteur médico-social
Les ESSMS du secteur médico-social relèvent de statut juridique divers : structures de droit privé avec ou sans but lucratif, structures de droit public dotées ou non d'une personnalité morale propre. L'exercice du droit de grève dans le secteur et les restrictions légales dont il peut faire l'objet sont donc variables selon les cas de figure.
Dans le secteur médico-social privé (hors établissements participant au service public hospitalier), aucune disposition législative n'est intervenue à ce jour pour établir l'obligation d'un service minimum en cas de grève, même si la jurisprudence offre aux autorités et aux employeurs divers instruments permettant la mise en place d'un service minimum lorsque les circonstances l'exigent.
Pour un rappel des règles attachées au droit de grève dans les différents secteurs, lire notre article "Comment exercer son droit de grève?".
Un contexte incertain
Une situation qui trouve toutefois ses limites. En effet, la nécessité de respecter les conditions posées par le juge (principe de proportionnalité et appréciation des circonstances au cas par cas), ainsi que l'absence d'une procédure d'application générale "dont les termes seraient clairement établis dans l'intérêt de tous" (obligation de préavis et de négocier, définition des missions essentielles etc.), constituent, selon la DGCS, "un contexte d'incertitudes qui est probablement à l'origine de la demande du législateur visant à ce que soit examiné le cadre constitutionnel d'une législation qui viendrait organiser la mise en oeuvre d'un service minimum dans le secteur médico-social".
Une loi qui serait compatible avec le droit constitutionnel
Au regard de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, la DGCS considère que l'instauration d'un service minimum par la loi dans le secteur médico-social "ne paraît pas – a priori – présenter un risque de constitutionnalité", sous réserve que les missions à assurer en toutes circonstances soient nécessaires au regard de la protection de la santé et de la sécurité des personnes. Une législation en la matière est donc possible et pourrait renvoyer au pouvoir réglementaire ou à la négociation collective les modalités d'application concrètes.
Une "provocation" pour FO
La Fédération nationale de l'action sociale Force ouvrière (Fnas-FO) est fermement opposée à tout projet spécifique de remise en cause du droit de grève dans le secteur. Pour le syndicat, "ce document de travail confirme tout d'abord que la législation sur le droit de grève est suffisamment encadrée pour qu'un secteur comme le nôtre ne soit pas soumis à des obligations supplémentaires de service minimum". Dans un contexte "de plus en plus tendu" avec les employeurs (révision de la CCN 66, dénonciation de la CCN 51, extension prochaine d'une CCUB de l'aide à domicile jugée "régressive"), ce projet ne lui paraît pas opportun. "Même si nous comprenons bien que nous sommes seulement dans le cadre d'une concertation en vue de préparer un rapport adressé aux parlementaires et non-face à une décision définitive, sachez que tout document allant dans le sens de demander la remise en cause de notre droit de grève ne pourrait être pris par notre organisation et les salariés que comme une provocation. Il laissera penser que l'on cherche à nous empêcher de nous mobiliser à la hauteur des enjeux et au regard des attaques qui nous sont portées", a déclaré le syndicat lors de la réunion du Cnoss.
Accèder au document de travail de la DGCS en cliquant sur ce lien
Commenter cet article