L'Association nationale des assistants de service social continue à dénoncer la vision simpliste de La Voix de l'enfant qui avait pointé les failles de la protection de l'enfance lors du procès Marina. L'Anas considère qu'une vision policière et suspicieuse aboutirait à séparer de façon abusive enfants et parents et à réduire la confiance des familles envers les professionnels.
En novembre dernier, l'Association nationale des assistants de service social (Anas) plaçait une première banderille contre l'association La Voix de l'enfant qui s'était fait entendre lors du procès de l'affaire Marina mettant en cause les failles de la protection de l'enfance jugée négligente. Cette fois-ci, dans un long plaidoyer argumenté, l'Anas décrypte les propositions de réforme de cette association. Et son jugement est sans appel : nulles et non avenues !
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Principe de précaution...
Pour déconstruire le raisonnement de cette association qui a l'oreille des médias et des people, l'Anas s'appuie sur un document de La Voix de l'enfant rendu public fin 2009 et remis au président de la République d'alors. "En cas de suspicion de maltraitance d'un mineur [...], le principe de précaution, selon l'application de certains critères et pendant le temps de l'enquête, doit être mis en oeuvre, afin de protéger l'enfant concerné, par exemple en l'hospitalisant quelques jours", propose ainsi l'ONG. Face à cette idée qui semble "de bon sens", l'Anas pose deux questions, relatives aux critères et à la durée de ce placement préventif.
Sur les critères, l'approche défendue par La Voix de l'enfant apparait aux antipodes des principes de travail social. "Dans une approche méthodologique, il n'est pas souvent question de suspicion. Nous posons des hypothèses qui viennent trouver un étayage ou pas durant l'évaluation", explique l'Anas qui perçoit dans la suspicion une "perception subjective envers les personnes et leurs comportements." Ce soupçon généralisé constituerait, par ailleurs, une "entrave aux fondements de l'autorité parentale et aux droits des familles."
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... ou stratégie du parapluie
La Voix de l'enfant propose que ce principe de précaution s'applique dès qu'un désaccord entre professionnels s'exprime sur la situation de tel ou tel enfant. "Le nombre de mesures de ce type ne manquerait pas d'augmenter de façon exponentielle", ironise l'Anas qui explique également qu'un tel principe ferait les beaux jours de la "stratégie du parapluie" qu'on pourrait résumer ainsi : "dans le doute, je signale ; dans le doute, je place… dans tous les cas, je me couvre !" Cela aurait pour conséquence de renforcer la peur des familles vis-à-vis de la protection de l'enfance : celles-ci confrontées à des problèmes éducatifs auraient tendance à les dissimuler, ce qui ne ferait qu'aggraver le mal-être des enfants. "En espérant éviter quelques situations dramatiques, combien de situations dramatiques seraient créées ?", conclut l'Anas qui refuse "la sacralisation du principe d'inquiétude".
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Possibilité de saisir le Procureur
Après la question des critères vient celle de la durée de ces placements "préventifs". "Au bout de combien de temps de cette situation de séparation-observation sera t-on fixé si rien n'apparaît ? 48 heures ? 5 jours ? 3 mois ?", s'interroge l'association professionnelle pour qui "le principe de précaution est une formule qui semble de « bon sens » mais [qui] reste une formule creuse".
Détaillant les précautions professionnelles mises en oeuvre par les services et notamment les ordonnances de placement provisoire, l'Anas rappelle qu'un "professionnel qui est en désaccord avec la position prise par son équipe ou sa direction et penserait (analyse à l'appui) qu'un enfant est en danger a la possibilité de saisir le procureur de la République ou le juge des enfants, avec la protection de la loi qui garantie l'impossibilité de sanction envers le professionnel". Cette possibilité semble cependant très peu mise en oeuvre concrètement et il serait sans doute bon de la rappeler pour éviter des situations de manque de réactivité qui peuvent, ici comme ailleurs, se rencontrer.
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Que veut dire une porte fermée ?
Le document de l'Anas s'arrête également sur les remarques de La Voix de l'enfant en matière de mode d'intervention des travailleurs sociaux. En résumé, ceux-ci préviendraient toujours les familles de leur passage (ce qui leur permettrait de cacher leurs éventuels méfaits) et ne visiteraient pas complètement le lieu de vie des enfants à la recherche de preuves de maltraitance. L'Anas réfute certaines idées reçues ("il est possible de passer à l'improviste au domicile") et conteste plus fondamentalement la logique policière qui serait à l'oeuvre. "Une porte fermée peut être le signe d'un simple oubli du rendez-vous sans forcément qu'il y ait volonté de dissimulation".
Si cette logique de la suspicion s'imposait (avec des visites surprise recherchant le flagrant-délit de maltraitance, des évaluations des situations prenant la forme de véritables enquêtes, etc), la protection de l'enfance aurait tendance à reculer, estime l'Anas, car le quotidien n'est pas fait de ces situations extrêmes où les parents ont décidé de martyriser leur enfant, mais plutôt d'incapacités conjoncturelles ou structurelles à répondre aux besoins de l'enfant. "Plus la relation de confiance est établie, plus l'objectif d'aide est clairement compris, moins les postures sont défensives et plus le fonctionnement familial est donné à voir à l'intervenant qui peut alors l'interroger et amener un changement au bénéfice de l'enfant".
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Un professionnel-policier ou de l'intervention sociale
Sur la question du partage de l'information, qui serait largement insuffisante selon La Voix de l'enfant, l'association professionnelle affirme qu'elle est déjà pratiquée. De toute façon, ce ne serait qu'une idée "simpliste" de croire qu'un partage systématique solutionnerait tous les problèmes de maltraitance. En travaillant sur l'humain, le risque zéro n'est pas possible, sauf - et encore - à basculer vers des systèmes totalitaires. Et l'Anas de planter une dernière banderille contre la Voix de l'enfant. Celle-ci défendrait l'idée d'un "professionnel-sauveur, un professionnel-policier, mais bien peu un professionnel de l'intervention sociale."
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