L'engouement est patent, depuis la création en 2004 du « certificat d'aptitude aux fonctions d'encadrement et de responsable d'unité d'intervention sociale » (Caferuis). Après avoir attiré 750 inscrits à peine la première année, ce diplôme de niveau II est désormais préparé par près de 3 400 étudiants, chaque année, depuis 2010, selon les dernières statistiques de la Drees. Et dans la seule branche sanitaire, sociale et médico-sociale privée à but non lucratif (Bass), ce sont près de 1 000 professionnels par an qui obtiennent un financement en vue d'obtenir le certificat, d'après son fonds d'assurance formation Unifaf, et son Observatoire prospectif des métiers et des qualifications. Le Caferuis est ainsi devenu le deuxième diplôme le plus financé par Unifaf, en nombre de stagiaires.
Et ce « dynamisme » rend perplexes les deux organismes : « L'écart entre le nombre de candidats aux emplois de cadres intermédiaires et le volume de postes disponibles pourrait être en train de se creuser », viennent-ils d'alerter dans une étude sur le Caferuis. Et pour mieux « appréhender ce risque », Unifaf et l'Observatoire de la branche ont tenté de comprendre les raisons de « cette forte consommation », en interrogeant notamment 501 personnes ayant préparé le certificat entre 2008 et 2012.
Quatre logiques
Au terme de leur enquête, l'attrait du Caferuis paraît résulter de quatre logiques distinctes. Pour 38 % des éducateurs spécialisés et pour 29 % des chefs de service engagés dans cette formation, le premier objectif est de « développer de nouvelles compétences ». Il s'agit notamment de se former « au management, à la gestion budgétaire, au droit, aux procédures qualité », rappellent Unifaf et l'Observatoire de la branche. Mais l'obtention du Caferuis répond aussi à une « logique de conformité à une norme » : le décret du 19 février 2007, relatif au niveau de qualification des professionnels de direction, a fait l'objet d'une « interprétation large », estiment les deux organismes ; de ce fait, le certificat de niveau II a pu paraître indispensable pour exercer la fonction de chef de service.
Deux autres logiques sont mentionnées par Unifaf et l'Observatoire. Pour un employeur, tout d'abord, le financement de cette formation peut permettre de combler ses propres besoins en compétences, ou encore le désir de promotion d'un employé. Pour un salarié, ensuite, le Caferuis « est comparé à un sésame qui donne accès aux mobilités professionnelles ». De fait, parmi les 501 répondants à l'enquête, 55 % ont bel et bien pu changer de poste à la suite de leur formation. Et parmi ceux qui étaient initialement éducateurs spécialisés, la proportion est même de 61 % - la plupart devenant alors chefs de service. En miroir, malheureusement, 39 % n'ont pu changer de poste…
Trois pistes
C'est précisément pour ces professionnels préparant le Caferuis sans être déjà cadres « que la question du risque de surconsommation du diplôme se pose », soulignent Unifaf et l'Observatoire de la Bass. Ils proposent donc trois pistes d'action pour éviter qu'un « déséquilibre sur le marché du travail » ne les empêche de « concrétiser leur projet ».
La première ne fera sans doute pas débat : assurer une « observation territorialisée du marché du travail », afin que soient mieux connus les besoins locaux en cadres intermédiaires. Mais les deux organismes relèvent également que les demandes de formation au Caferuis ont été, en partie, « faites par défaut », « faute d'alternatives », et parfois même en raison d'un « phénomène d'usure du poste occupé ». Il importerait dès lors d'aider les salariés à mieux construire leurs projets de seconde partie de carrière, et de leur proposer plusieurs « alternatives à l'encadrement ».
En dehors du management
Il reste que les « freins à la mobilité horizontale » sont aujourd'hui nombreux, comme le rappellent Unifaf et l'Observatoire : il demeure par exemple délicat de passer du secteur du handicap à celui de la protection de l'enfance. Peut-être faudrait-il donc espérer « davantage de possibilités d'occuper un emploi d'expertise reconnu en dehors du management », ajoute Pierre-Marie Lasbleis, directeur du développement et des partenariats d'Unifaf. La fonction de « coordinateur de projet », par exemple, pourrait représenter une alternative pour les secondes parties de carrière. Car un bon éducateur spécialisé ne fera pas nécessairement un bon encadrant.
Source TSA
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